Il faut faire la paix comme Jacob qui, après avoir lutté toute la nuit contre un ange ténébreux, a pu voir Dieu avant le lever du jour et se réconcilier ensuite avec son frère Esaü à qui il avait volé le droit d'aînesse.
(Pascal Bouchet, Les forgerons de l'aura, p.158)
Cette courte citation doit être interprétée de la manière suivante : Jacob représente l'égo tyrannique (personnalité) coupée de la profondeur du moi réel (symbolisé par Esaü). C'est par la ruse qu'il se prévaut de son frère, en lui retirant son droit d'aînesse (contre un plat de lentilles). Fuyant l'ire de son frère, il part durant vingt années en exil. C'est sur le retour qu'il passera une nuit à se battre contre un homme inconnu (l'ange ténébreux).
25 - Jacob resta seul ; alors un homme lutta contre lui jusqu'au matin,
26 - Et, voyant qu'il ne pouvait l'emporter, il toucha le gras de la cuisse de Jacob, qui s'engourdit dans la lutte.
27 - L'ange lui dit : Laisse-moi partir, car l'aurore s'est levée ; il répondit : Je ne te laisserai point partir que tu ne m'aies béni.
28 - L'ange repartit : Quel est ton nom ? il répondit Jacob.
29 - Tu ne te nommeras plus Jacob, reprit l'ange, Israël sera ton nom : parce que tu as été fort contre Dieu, et que tu seras fort contre les hommes.
30 - Jacob lui fit cette question : Apprends-moi ton nom. Pourquoi, répondit-il, me demandes-tu mon nom ? et sur le lieu même il le bénit.
31 - Jacob nomma cet endroit Vision de Dieu ; car, dit-il, j'ai vu Dieu face à face, et la vie m'a été conservée.
32 - La vision de Dieu s'étant évanouie, le soleil se leva sur lui, et Jacob boitait de la cuisse.
Le retour à l'Essence (Esaü) et le pardon (réconciliation, reconnaissance du droit d'aînesse) ne semble possible qu'à condition d'un combat contre l'ange inconnu, notre soleil obscur, notre divinité en germe. Ce combat s'inscrit dans la dynamique d'un retour vers soi. Il a pour but d'éprouver les forces (la volonté) du pèlerin. Ainsi, nous pouvons citer Luc-Olivier d'Algange lorsqu'il écrit :
Nous devenons ce que notre Oeuvre nous prescrit d'être.
Nous pouvons nous interroger sur la signification du geste de l'ange, touchant la cuisse de Jacob pour mettre un terme à la lutte. Le choix de cet organe est, en effet, loin d'être anodin
Par sa fonction dans le corps, support mobile, la cuisse signifie également la force. La Kabbale insiste sur cette fermeté analogue à celle de la colonne.
La cuisse de Jupiter (Zeus), à l'intérieur de laquelle, selon la légende grecque, Dionysos aurait opéré une seconde gestation, mériterait toute une analyse symbolique, qui lui prête, de toute évidence, une signification sexuelle et matricielle. (...) Il (le mot cuisse) rejoindrait alors directement le symbolisme de la grotte, ou plus encore de l'arbre creux, ce qui n'est pas en contradiction avec la cuisse considérée extérieurement comme une colonne, c'est-à-dire un symbole à la fois d'élévation et de force.
(Jean Chevalier, Dictionnaire des symboles)
Nous retrouvons ici le symbole de l'arbre creux, bien connu des alchimistes.
Tiphereth représente le moi le plus élevé dans l'homme. Le Christ intérieur par lequel la personnalité peut consciemment atteindre le père. Ce principe est parfois figuré sous la forme d'un enfant: l'enfant royal dans le berceau ou dans l'arbre creux. Ceci montre à quel point le coeur est sacré pour la personnalité.
(http://johfra.no.sapo.pt/LeaoPage.htm)
Nous retrouvons encore les mêmes symboles, agencés d'une différente façon : la personnalité, l'essence (l'aîné ou l'enfant royal), la cuisse (ou arbre creux).
La personnalité est le vecteur de la force existentielle, l'écorce de l'arbre creux. Ce qui est dans l'arbre, ce qui est caché, c'est la force christique essentielle, seule à même de nous amener à dépasser l'existence et rejoindre le Père. Mais pour ce faire, la personnalité / Jacob doit avant tout se réconcilier avec l'essence / Esaü.